Ce que les Cliniciens Ignorent Encore sur les Clients LGBTQ

De plus en plus de professionnels de la santé mentale affirment accueillir les personnes LGBTQ, mais beaucoup continuent, souvent sans le vouloir, à ignorer certains aspects décisifs de leurs expériences. Cela ne tient pas à un manque de bonne volonté, mais plutôt à une formation insuffisante, à des angles morts culturels et à des systèmes encore largement pensés pour des patients hétérosexuels et cisgenres. Comprendre ces angles morts est essentiel pour offrir un accompagnement réellement sécurisant, respectueux et efficace.

1. Confondre « neutralité » et sécurité réelle

Nombre de cliniciens pensent qu’adopter un ton neutre (« ici, tout le monde est bienvenu ») suffit à créer un espace sûr. En réalité, la neutralité apparente peut masquer une absence de position claire contre les discriminations. Les clients LGBTQ, souvent marqués par des expériences de rejet, recherchent des signaux explicites de sécurité : affichage de chartes d’inclusion, formulaires non genrés, procédures claires en cas de propos homophobes ou transphobes au sein de l’établissement, etc. Sans ces marqueurs, beaucoup préfèrent ne pas aborder leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, limitant ainsi la qualité du travail thérapeutique.

2. Sous‑estimer l’impact des microagressions cliniques

Une question « innocente » comme « Avez‑vous un mari ? » adressée à une femme lesbienne, ou l’usage répété de mauvais pronoms envers une personne trans, peut être vécue comme une microagression. Ces petites blessures, cumulées à des années de stigmatisation, ravivent le sentiment que la clinique n’est pas un espace pour eux. Les professionnels doivent apprendre à repérer le poids de ces microagressions, à les réparer (en s’excusant clairement) et à revoir leurs habitudes de langage, leurs questionnaires d’accueil et leurs réflexes d’anamnèse.

Les erreurs de langage concernent aussi les documents administratifs, les comptes rendus, les certificats ou rapports destinés à des tribunaux ou administrations. Dans ces situations, des formulations précises et conformes au droit protègent les clients LGBTQ. Recourir à des traducteurs assermentés spécialisés dans les enjeux d’orientation sexuelle et d’identité de genre peut éviter des maladresses lourdes de conséquences juridiques ou émotionnelles. Pour les démarches officielles, la qualité de ces traductions fait souvent la différence : une terminologie imprécise peut compromettre un dossier d’asile, un changement d’état civil ou une procédure familiale. Plus d’informations sont disponibles ici : services de traduction assermentée.

3. Méconnaître la spécificité des traumas liés à la stigmatisation

De nombreux cliniciens abordent les troubles anxieux ou dépressifs des clients LGBTQ comme s’ils étaient déconnectés du contexte social. Or, l’homophobie, la transphobie, le rejet familial, les agressions physiques ou les insultes répétées créent ce que l’on appelle souvent des « traumatismes de minorité ». Leur particularité est d’être chroniques, liés à un environnement hostile plus qu’à un événement unique. Ne pas interroger ce contexte, c’est risquer de pathologiser la personne plutôt que de reconnaître l’impact systémique de la discrimination.

4. Sous‑évaluer le rôle de la famille et des communautés d’origine

Les cliniciens formés dans une perspective individualiste peuvent minimiser l’importance du lien à la famille, au pays d’origine ou au cadre religieux. Pour beaucoup de clients LGBTQ, la peur de perdre ces liens est au cœur des conflits internes : « Si je fais mon coming out, vais‑je être expulsé de chez moi ? », « Ma famille, restée au pays, va‑t‑elle cesser de me parler ? ». Ces enjeux sont encore plus marqués chez les personnes migrantes ou issues de communautés très conservatrices. Travailler avec elles demande une compréhension fine du poids culturel et religieux, et parfois une articulation avec des ressources communautaires LGBTQ‑friendly.

5. Ignorer la diversité interne au sein des communautés LGBTQ

Parler de « population LGBTQ » comme d’un bloc homogène est une erreur fréquente. Une femme bisexuelle en couple hétéro, un homme gay vivant avec le VIH, une personne non binaire racisée, un réfugié trans ayant fui des violences d’État : tous affrontent des réalités très différentes. Les expériences se croisent avec le genre, la classe sociale, la race, le handicap, la situation administrative. Une approche interculturelle et intersectionnelle est indispensable pour ne pas reproduire des hiérarchies de valeur à l’intérieur même de la patientèle LGBTQ.

6. Réduire la personne à son orientation ou son identité de genre

À l’inverse, certains cliniciens sur‑focalisent sur la dimension LGBTQ comme si elle expliquait tout. Or, si la stigmatisation joue un rôle majeur, les clients viennent aussi avec des questions professionnelles, des difficultés de couple, des problématiques de deuil ou de parentalité qui ne se résument pas à leur orientation ou leur identité. Une écoute compétente reconnaît la spécificité LGBTQ sans en faire le centre unique de toute intervention.

7. Manquer de connaissances actualisées sur le genre et la transition

Les représentations datées de la transidentité restent très répandues : vision strictement binaire, obligation de vouloir une transition médicale complète, suspicion face aux identités non binaires, etc. Ces attitudes peuvent provoquer une forme de « re‑pathologisation » des personnes trans, pourtant déjà confrontées à des parcours médico‑légaux complexes. Les cliniciens ont besoin de se former à la terminologie actuelle, aux protocoles de soins, aux enjeux éthiques de l’accompagnement des mineurs trans et aux effets psychiques d’un système administratif souvent rigide.

8. Négliger l’importance des réseaux de soutien communautaires

Une partie essentielle du travail clinique avec les personnes LGBTQ consiste à les aider à identifier ou construire des réseaux de soutien sûrs : associations, groupes de parole, collectifs militants, communautés en ligne modérées, espaces culturels inclusifs. Certains professionnels, craignant d’« orienter » leurs patients, négligent cet aspect. Pourtant, pour des personnes isolées, un groupe de soutien LGBTQ ou un centre communautaire peut être aussi thérapeutique que la consultation elle‑même.

9. Manquer de réflexion éthique sur leur propre position de pouvoir

Les cliniciens occupent une position d’autorité symbolique. Pour les clients LGBTQ, déjà confrontés à des jugements médicaux, religieux ou juridiques, cette asymétrie peut réactiver des expériences d’évaluation et de contrôle. Une pratique réflexive – supervision, formation continue, auto‑questionnement sur ses biais – est nécessaire pour ne pas reproduire ces dynamiques. Reconnaître ouvertement ses limites et être prêt à orienter vers un collègue plus compétent fait partie d’une éthique respectueuse.

Conclusion : vers une pratique vraiment inclusive

Mieux accompagner les clients LGBTQ ne se résume pas à éviter quelques maladresses verbales. Il s’agit d’un travail de fond sur les outils cliniques, les cadres juridiques, l’organisation des services et la posture personnelle du soignant. De la manière de poser les questions à la façon de rédiger un rapport pour une administration, chaque détail peut soit renforcer le sentiment de sécurité, soit réactiver le vécu de marginalisation. Investir dans la formation, s’entourer de professionnels compétents (juristes, associations, spécialistes de la traduction certifiée) et rester à l’écoute des retours des personnes concernées sont autant de conditions pour que les espaces de soin deviennent réellement accueillants, efficaces et justes pour toutes les personnes LGBTQ.